Letellier.                                     75
II
L'an 171 J, le famedi 20 juillet, dix heures du matin, font venus par-devant nous Céfar-Vincent Lefrançois, etc., Hippolyte Feuillet, veuve de François Letellier, maître de mufique, et Jean-François Letellier, joueur de marion­nettes, fon fils : Lefquels nous ont fait plainte et dit qu'ils ont loué du fleur St-Edme et de la dame Baron, fon affociée, une place dans le préau de Ia foire St-Laurent, attenant le nommé Delépine, vendant bière, pour y repré-fenter leurs exercices ordinaires'pendant la prochaine foire St-Laurent, à raifon de 250 livres pendant le cours de ladite foire. Depuis le 17 juin der­nier, ils n'ont pu parvenir à faire conftruire leur loge, telles prières qu'ils aient pu faire aux fleur et dame de St-Edme. Attendu l'approche de la foire, ils ont été obligés, le jour d'hier, de fignifier leur permiffiori et de fommer ledit fleur de St-Edme de laiffer parachever fur le terrain qu'il leur a loué, pour éviter la fuite d'un procès. Us ont mis des ouvriers ce matin pour la conftruction et élévation de ladite loge et ont été furpris que les ouvriers n'ont pu travailler, le fleur de St-Edme ayant envoyé un fuiffe et un foldat aux gardes qui ont empêché la continuation du bâtiment de. ladite loge. Et, fur ce que ledit Jean-François Letellier a infifté pour le travail de fés ouvriers, lefdits fuiffe et foldat aux gardes ont pris le plaignant par les bras, ont dé­chiré fa verte de drap, l'ont tiraillé et mis hors du préau. Le muet, qui eft un des domeftiques dudit fleur de St-Edme, avec lefdits foldat aux gardes et fuiffe, ont abattu et ôté les bois qui étoient dreffés en jurant et maugréant et difant qu'ils ne bâtiroient point. Ledit fleur de St-Edme les excitant à dé­truire ladite loge; ce qui les oblige de venir pax-devers nous nous rendre plainte.
Signé : Hipolite Feuillet ; Jean-François Letellier.
Et ledit jour famedi 20 juillet audit an 171$, environ les trois heures de relevée, font derechef comparus par-devant nous comrniffaire fufdit, lefdits Hippolyte Feuillet, veuve de François Letellier, maître de mufique, et Jean-François Letellier, joueur de marionnettes, fon fils : Lefquels, cn continuant la plainte ci-deffus, nous ont fait plainte et dit qu'ils viennent préfentement du préau de Ia foire St-Laurent avec leurs ouvriers pour rétablir et re­conftruire la loge qu'ils ont commencé à bâtir. Que le fleur de St-Edme, étant à diner, a envoyé un laquais et enfuite le garçon muet avec un autre pour voir ce qu'ils faifoient; et fur ce qu'ils ont vu que les plaignans et leurs ouvriers travailloient à reconftruire ladite loge, ils leur ont fait querelle en leur difant d'où vient qu'ils maltraitoient le muet. La plaignante leur ayant fait réponfe qu'ils n'avoient aucune connoiflance defdits mauvais traitemens, ayant fait un flgnal au muet, auHitôt il a frappé d'un coup de poing ladite veuve Letellier plaignante, et ayant pris à fa main une pioche, il en auroit frappé les plaignans s'il n'en avoit été empêché parles ouvriers.'Enfuite lui a été